
Bird by Bird : commencer par un morceau à sa portée
Bird by Bird: Some Instructions on Writing and Life · Par Anne Lamott
Écrivez la partie que vous voyez, laissez au brouillon le temps de prendre forme et appuyez-vous sur l’aide des autres.
Langue de lecture: français
Édition de référence: anglais · Édition en langue originale
Publication dans cette langue: Publication non encore vérifiée
Éditions et sources
- Langue originale
- anglais
- Édition de référence
- Bird by Bird: Some Instructions on Writing and Life · anglais · Édition en langue originale
- Maison d’édition
- Anchor Books
- Année de publication
- 2007
- ISBN
- 9780307424983
L’analyse et les citations reposent sur l’édition indiquée ci-dessus. La publication locale mentionnée ci-dessous ne désigne pas nécessairement l’édition utilisée ici.
Publication dans cette langue
Publication non encore vérifiée
Les données bibliographiques d’une traduction française du livre n’ont pas encore été vérifiées ici. Cela ne signifie pas qu’aucune traduction française n’existe. Muses a traduit les titres de chapitres et les extraits à partir du texte anglais commun aux neuf versions ; ces traductions ne sont pas tirées d’une édition française publiée.
Vérification
À propos de ce livre
- Première publication
- 1994 · Pantheon Books
- Édition numérique utilisée
- Livre numérique de 2007 · eISBN 9780307424983
- Édition du texte de référence
- Première édition Anchor Books · octobre 1995
- Forme
- Conseils d’écriture et essais sur la vie d’écrivain
- Structure
- Une introduction et cinq parties réunissant 29 chapitres titrés
- Langue originale
- Anglais
Pourquoi il compte
Lamott relie le travail du premier jet et de la réécriture aux doutes, à l’envie, aux soutiens et aux espoirs qui l’entourent. Le petit cadre, le Polaroid qui se révèle et la radio intérieure bruyante rendent ces tensions concrètes. Le livre est particulièrement précieux pour accompagner la traversée d’un brouillon difficile. Les lecteurs qui cherchent une méthode détaillée de construction ou des conseils de carrière devront le compléter par d’autres ressources.
Reconnaissance et portée
- Penguin Random House présente Bird by Bird comme un best-seller du New York Times.
Sources
Aperçu en 5 minutes
Trente étapes de lecture à travers l’introduction et les cinq parties : mettre des mots sur la page, découvrir l’histoire, vivre avec le doute, trouver de l’aide et affronter la publication.
Thèse centrale
Lamott part d’un cadre d’un pouce : écrivez le petit morceau que vous voyez. Un brouillon fournit une matière à découvrir et à retravailler. Déjeuners à l’école, personnages, dialogues et décors montrent comment une attention précise fait naître l’histoire ; intuition, envie et radio intérieure révèlent ce qui dispute cette attention. Notes, appels et lecteurs de confiance aident à poursuivre le travail. Les dernières parties abordent la voix, le don et les espoirs placés dans la publication. Nourri de l’expérience de Lamott, le livre propose des façons de continuer à écrire alors que l’issue demeure incertaine.
Le parcours du livre
- 01
Introduction
Une famille de lecteurs, les premiers écrits, la publication, les deuils et l’enseignement donnent aux conseils leur ancrage personnel.
- 02
Première partie – Écrire
Commencer par une petite tâche et un brouillon. Suivre les souvenirs vers les personnages, l’intrigue, les dialogues et les décors, puis revenir aux difficultés de la réécriture et de l’achèvement.
- 03
Deuxième partie – L’état d’esprit de l’écrivain
L’observation attentive et les convictions rivalisent avec la suffisance, le doute et l’envie. Le brocoli et KFKD donnent des noms mémorables aux voix les plus discrètes comme aux plus bruyantes.
- 04
Troisième partie – De l’aide en chemin
Une fiche sauve un détail, un appel répond à une question. Groupes et lecteurs de confiance font entrer d’autres personnes dans le travail. Les lettres et le renouvellement des ressources aident à traverser les périodes arides.
- 05
Quatrième partie – La publication et les autres raisons d’écrire
Écrire pour un proche, trouver sa voix et donner au texte conduisent à cette question difficile : que peut réellement apporter une publication ?
- 06
Cinquième partie – Le dernier cours
Le dernier cours revient à l’attention de l’enfance et à l’écriture comme moyen de préserver l’expérience et de rejoindre une autre personne.
Afficher le sommaire complet (30 chapitres)Masquer le sommaire complet
Introduction
- 01
Introduction
Lamott retrace une vie parmi les livres, les premiers essais d’écriture, la publication, le chagrin et l’enseignement. Ses conseils naissent de cette histoire singulière.
Première partie – Écrire
- 02
Se mettre à écrire
S’asseoir et essayer de dire la vérité rendent l’écriture accessible au cours d’une journée de travail ordinaire.
- 03
De petites tâches d’écriture
Un cadre d’un pouce et l’histoire familiale d’un exposé sur les oiseaux ramènent un projet écrasant au prochain petit morceau.
- 04
Les premiers jets de merde
Une première tentative brute produit la matière nécessaire pour améliorer le texte dans les deuxième et troisième jets.
- 05
Le perfectionnisme
Exiger un résultat immédiatement irréprochable peut arrêter un brouillon avant qu’il y ait quoi que ce soit à améliorer.
- 06
Les déjeuners à l’école
Nourriture, odeurs et rapports sociaux autour du déjeuner font resurgir tout un monde de détails d’enfance.
- 07
Les Polaroids
Comme un Polaroid qui se révèle, un brouillon peut faire apparaître peu à peu ce que l’on cherche à voir.
- 08
Les personnages
Désirs, habitudes, secrets et contradictions se dévoilent à mesure que l’on prend le temps de connaître les personnages.
- 09
L’intrigue
Ce que les personnages veulent et ce qu’ils se font les uns aux autres donnent des conséquences aux événements et font progresser l’intrigue.
- 10
Le dialogue
Écouter et lire à voix haute permettent de vérifier si les mots appartiennent bien à la personne qui les prononce.
- 11
Le décor
L’observation et la recherche fournissent des pièces, des jardins et des objets qui révèlent la manière dont les gens vivent.
- 12
Les faux départs
Un mauvais début peut mettre au jour une idée préconçue et rapprocher l’auteur de son sujet.
- 13
Le synopsis détaillé
Un synopsis détaillé aide à comprendre la forme d’une matière déjà écrite.
- 14
Comment savoir quand on a terminé ?
Après les révisions et l’écoute des retours, il faut décider soi-même du moment où le travail supplémentaire doit s’arrêter.
Deuxième partie – L’état d’esprit de l’écrivain
- 15
Regarder autour de soi
L’attention et le respect permettent de voir chez une personne davantage que ce qu’en laisse saisir une première impression.
- 16
Le point de vue moral
Ce qui importe à l’auteur donne au texte un centre de gravité ; cela doit vivre dans l’écriture.
- 17
Le brocoli
L’injonction comique d’écouter son brocoli laisse une place à l’intuition lorsque la volonté de tout contrôler devient trop insistante.
- 18
La station de radio KFKD
KFKD diffuse en stéréo suffisance et mépris de soi, accaparant l’écrivain avec la question de sa propre valeur.
- 19
L’envie
On peut reconnaître son envie, en parler et parfois en réduire l’emprise grâce à l’humour ou à la distance.
Troisième partie – De l’aide en chemin
- 20
Les fiches
Une fiche pliée et un stylo permettent à Lamott de garder quelques mots avant qu’une idée ou une observation ne disparaisse.
- 21
Passer des coups de fil
Interroger quelqu’un qui sait peut combler une lacune que l’imagination seule ne suffit pas à remplir.
- 22
Les groupes d’écriture
Des rencontres régulières avec d’autres auteurs peuvent apporter des retours, de la compagnie et du soutien pour poursuivre le travail.
- 23
Quelqu’un pour lire vos brouillons
Des lecteurs de confiance aident Lamott à mieux voir et à améliorer son manuscrit, tandis que l’écriture reste sa responsabilité.
- 24
Les lettres
S’adresser à une personne réelle peut assouplir la prose et remettre à portée des souvenirs ou des émotions.
- 25
Le blocage de l’écrivain
Accepter une période de faible production permet de commencer à refaire le plein.
Quatrième partie – La publication et les autres raisons d’écrire
- 26
Écrire un cadeau
Un texte peut préserver quelque chose pour une personne aimée avant même d’avoir une existence publique.
- 27
Trouver sa voix
L’imitation peut enseigner, mais la vérité de l’expérience de l’auteur a besoin d’une voix qui lui soit propre.
- 28
Donner
Utilisez votre meilleure matière dans le travail en cours ; lui donner doit comporter une part de récompense en soi.
- 29
La publication
Les critiques, l’attention reçue et un nouveau projet montrent les limites de l’espoir que la publication mettra fin au doute.
Cinquième partie – Le dernier cours
- 30
Le dernier cours
L’attention de l’enfance, la précision du regard et le fait de continuer à écrire conduisent le livre vers le lien avec les autres.
Des phrases à rapporter à sa table de travail
Sommaire
Avant même d’avoir écrit une phrase, on peut déjà s’inquiéter des critiques, des ventes, de la fin et de la question de savoir si le livre mérite d’exister. Anne Lamott remet le travail à portée de main. Dans Bird by Bird, un petit cadre, un premier jet peu prometteur ou un banal déjeuner à l’école peuvent chacun offrir un point de départ.
Le livre va bien au-delà du démarrage. Il suit la matière vers les personnages et les dialogues, puis aborde l’envie, les lecteurs de confiance, l’épuisement et les espoirs attachés à la publication. Le récit que Lamott fait de sa propre vie d’écrivain donne à ces sujets un cadre commun : quelqu’un qui essaie de travailler pendant que la vie continue. Ses conseils sont les plus convaincants lorsqu’ils restent proches des objets, des habitudes et des embarras de ce travail.
Le cadre d’un pouce
Lamott garde sur son bureau un cadre d’un pouce. Lorsqu’elle le remarque, la tâche se réduit à ce qu’elle peut voir par cette petite ouverture :
Il me rappelle que je n’ai qu’à écrire tout ce que je peux voir à travers un cadre d’un pouce.
La taille compte. Un roman entier arrive sur le bureau avec toutes ses scènes encore absentes, ses relations irrésolues et sa fin incertaine. Le cadre autorise Lamott à s’occuper d’un petit morceau. Le reste du livre peut attendre pendant qu’elle écrit ce qui est visible maintenant.
L’histoire familiale à l’origine du titre opère le même changement d’échelle : un exposé écrasant sur les oiseaux devient une tâche que l’on peut aborder un oiseau à la fois. Lamott donne au lecteur une image à retrouver lorsque le projet dépasse ce qui est à sa portée aujourd’hui. Elle reste mieux en mémoire qu’une consigne demandant de gérer efficacement une grande tâche.
Le cadre a pourtant ses limites. Une série de petites tâches exigera encore des décisions sur l’ordre, les proportions et les liens entre les morceaux. Son utilité immédiate est plus simple : il réduit la quantité de livre qu’il faut garder en tête avant de pouvoir écrire une phrase. Les premiers chapitres font une place à un travail dont la forme finale reste incertaine.
Note sur la source : « Introduction », « Se mettre à écrire » et « De petites tâches d’écriture ». Le cadre et l’exposé sur les oiseaux viennent de « De petites tâches d’écriture ». La distinction entre commencer un passage et organiser un livre entier relève de notre appréciation éditoriale de la portée de ces conseils.
Un brouillon donne quelque chose à découvrir
Le titre « Les premiers jets de merde » fait déjà une partie du travail avant le début du chapitre. Le lecteur qui attend d’une autrice accomplie le récit de premières tentatives sans effort reçoit une version beaucoup moins flatteuse. Le brouillon peut être maladroit. Il peut choisir la mauvaise entrée. Les versions suivantes ont quelque chose à améliorer parce qu’on a laissé exister cette première tentative.
Le conseil est utile à qui revient sans cesse au premier paragraphe. Chaque révision peut améliorer ce paragraphe tout en repoussant la scène qui devrait le suivre. En autorisant à mal écrire, Lamott ouvre un espace où découvrir une matière que l’exigence d’une prose immédiatement soignée aurait empêchée de naître.
Sa comparaison avec le Polaroid explique ce qui peut se produire ensuite :
Écrire un premier jet ressemble beaucoup à regarder une photo Polaroid se révéler.
Une image met du temps à devenir lisible. Le sujet d’un brouillon peut faire de même. Une relation se révèle parfois plus importante que l’incident qui avait d’abord attiré l’auteur ; une scène écrite pour préparer la suite peut devenir le véritable enjeu. Ce sont des possibilités ouvertes par la comparaison, pas un parcours que Lamott impose à chaque manuscrit.
Les chapitres sur les faux départs, le synopsis détaillé et la manière de terminer prolongent cette patience jusque dans la réécriture. Un début abandonné peut dévoiler une idée fausse. Un synopsis détaillé peut aider à organiser la matière désormais présente. Il faut finalement décider quelles modifications servent encore le texte et à quel moment le laisser partir. Accepter un brouillon rend la réécriture possible ; cela lui laisse beaucoup à faire.
Pour prolonger concrètement cette réflexion, on peut lire comment travailler à partir d’un premier jet (en anglais). L’apport immédiat de Lamott est de donner envie de produire les pages dont ce travail a besoin.
Note sur la source : « Les premiers jets de merde », « Le perfectionnisme », « Les Polaroids », « Les faux départs », « Le synopsis détaillé » et « Comment savoir quand on a terminé ? ». Les possibilités évoquées après la citation du Polaroid prolongent la comparaison ; ce ne sont pas des anecdotes supplémentaires tirées du livre.
Déjeuners à l’école, personnages et forme du récit
Le déjeuner à l’école paraît un sujet modeste pour un cours d’écriture. Pourtant, nourriture, emballages, odeurs et rapports sociaux autour d’une table peuvent faire revenir tout l’univers d’un enfant. Dans « Les déjeuners à l’école », un souvenir ordinaire donne accès à des détails qu’une généralité sur l’enfance laisserait de côté.
Cette attention se poursuit dans les chapitres consacrés aux personnages. Lamott demande de passer du temps avec les gens d’une histoire : leurs désirs, leurs préoccupations intimes, leurs habitudes, leurs contradictions. La première description ne peut pas accomplir tout ce travail. Les personnages deviennent plus compréhensibles à mesure que l’on voit ce qu’ils font et comment ils agissent les uns sur les autres.
On comprend alors sa préférence pour une intrigue qui naît des personnages. Dès que des gens veulent quelque chose les uns des autres, leurs actes peuvent produire des conséquences qu’il faut suivre en écrivant. Le dialogue offre un autre moyen de vérifier à quel point on les connaît. Une lecture à voix haute peut révéler une réplique où l’on entend l’auteur expliquer la scène plutôt qu’une personne parler à l’intérieur de celle-ci. Les pièces et les objets comptent aussi : le décor donne à ces gens un lieu précis où vivre et agir.
Lamott excelle à rendre de la curiosité à un brouillon devenu simple exécution de consignes. Son approche laisse davantage de travail aux lecteurs qui doivent coordonner à l’avance une structure complexe. Le développement ultérieur sur le synopsis détaillé aide à comprendre la matière, mais le livre accompagne davantage sa découverte que la planification, dès le départ, d’un roman aux nombreuses ramifications. On peut associer son attention aux personnes et aux détails à l’usage d’un plan.
C’est là que se trouve une tension féconde. Un plan aide à faire tenir ensemble un grand projet. Les pages qui prennent forme peuvent aussi donner une raison de le modifier.
Note sur la source : « Les déjeuners à l’école », « Les Polaroids », « Les personnages », « L’intrigue », « Le dialogue », « Le décor » et « Le synopsis détaillé ». L’évaluation de ce que cette approche apporte à un auteur qui planifie à l’avance relève du jugement éditorial.
Le brocoli et la radio intérieure
Lamott aborde l’intuition par une consigne inattendue :
Écoutez votre brocoli.
L’étrangeté aide. « Le brocoli » invite à entendre une indication plus discrète quand l’effort volontaire devient trop insistant. Ce chapitre appartient à une partie consacrée à regarder attentivement, à trouver ce qui compte et à composer avec le bruit qui dispute notre attention.
KFKD est la version la plus sonore de ce bruit. Un canal de son programme célèbre l’importance exceptionnelle de l’écrivain ; l’autre ressasse ses échecs et son insuffisance. Tous deux peuvent absorber un après-midi qui devait appartenir au manuscrit. La plaisanterie reconnaît la proximité qui peut exister entre l’admiration de soi et le dégoût de soi.
L’envie fait entrer un autre auteur dans la pièce sans qu’il ait besoin d’y être. La réussite de quelqu’un d’autre devient difficile à chasser de ses pensées. Lamott traite l’envie comme une composante familière et inconfortable de la vie d’écrivain. La reconnaître, en parler à d’autres, trouver un peu d’humour et parfois prendre de la distance permettent d’en réduire l’emprise.
Les chapitres voisins rattachent cette réflexion à l’écriture elle-même. « Regarder autour de soi » demande de prêter attention aux autres. « Le point de vue moral » demande à quoi l’on tient assez profondément pour le faire entrer dans son travail. Ensemble, ils suggèrent un coût de cette émission intérieure : tant que l’on se préoccupe d’être admiré ou jugé insuffisant, il reste moins d’attention pour les autres.
Note sur la source : « Regarder autour de soi », « Le point de vue moral », « Le brocoli », « La station de radio KFKD » et « L’envie ». Le lien final entre la préoccupation de soi et l’attention aux autres résulte de la lecture croisée de ces chapitres proposée dans cet article.
Ceux qui aident un écrivain solitaire
Une fiche est assez petite pour tenir dans une poche. Lamott raconte qu’elle en plie une et l’emporte dans sa poche arrière avec un stylo, afin de noter quelques mots lorsqu’une idée ou quelque chose qui mérite d’être retenu se présente. Cette habitude reconnaît combien un détail peut facilement disparaître avant le retour au bureau.
Le reste de « De l’aide en chemin » élargit ce soutien pratique. Un appel peut fournir un renseignement. Un groupe peut offrir de la compagnie et un rendez-vous régulier avec les textes des autres. Écrire une lettre donne à la prose quelqu’un à qui s’adresser. Chaque possibilité modifie une condition différente dans laquelle s’écrira la page suivante.
Le lecteur de confiance qui découvre un brouillon a une tâche particulièrement délicate. Lamott explique qu’elle a deux personnes à qui montrer son travail : avant de l’envoyer à son éditeur ou à son agent, elle le confie toujours à l’une d’elles. Leur présence la rassure, la fait se sentir moins seule et l’aide à produire de meilleures pages. C’est toujours à elle de les écrire.
Cette répartition des rôles mérite de rester claire. Un lecteur peut signaler l’endroit où un passage le perd, ou celui où l’action d’un personnage devient difficile à croire. C’est à l’auteur de décider comment réagir. Une aide utile ouvre une autre perspective sur le manuscrit sans transformer chaque suggestion en consigne.
Il existe aussi des périodes où davantage de pression produit peu. « Le blocage de l’écrivain » laisse une place à l’épuisement et au besoin de refaire le plein. Mis en regard des chapitres sur les notes, les appels, les groupes et les lecteurs, il élargit l’image d’une journée d’écriture : une partie de ce qui soutient le travail se passe loin de la phrase en train de s’écrire.
Note sur la source : « Les fiches », « Passer des coups de fil », « Les groupes d’écriture », « Quelqu’un pour lire vos brouillons », « Les lettres » et « Le blocage de l’écrivain ». La réflexion sur la manière dont un auteur utilise les retours est une interprétation éditoriale ; les deux lecteurs de confiance viennent de « Quelqu’un pour lire vos brouillons ».
Une voix ne s’emprunte pas tout entière
Imiter un auteur peut apprendre un rythme ou ouvrir une manière de raconter. Dans « Trouver sa voix », Lamott reconnaît la place de cet emprunt, puis insiste sur la difficulté qu’il ne peut résoudre :
Vous ne pouvez pas écrire à partir du vaste espace obscur de quelqu’un d’autre ; vous ne pouvez écrire qu’à partir du vôtre.
Le passage qui précède relie la vérité de l’expérience à la voix propre de l’auteur. Les formulations empruntées deviennent un problème lorsqu’elles maintiennent le lecteur à distance de ce que cette personne précise a à dire. Une manière reconnaissable peut masquer l’absence d’une observation exacte.
Les chapitres qui entourent « Trouver sa voix » font entrer un autre être humain dans la raison d’écrire. Un texte peut être un cadeau : quelque chose que l’on fabrique pour préserver une expérience ou l’offrir à une personne aimée. « Donner » demande de mettre sa meilleure matière dans le travail en cours. Ces préoccupations font de la voix autre chose qu’une affaire de sonorité. La phrase doit alors rendre justice à quelque chose, et à quelqu’un.
Pour le lecteur qui essaie d’apprendre auprès d’auteurs admirés, la distinction est exigeante. Étudier le fonctionnement d’une phrase peut enrichir les outils disponibles. Choisir ce qui vaut la peine d’être dit, et avec quelle honnêteté le dire, reste le travail propre de l’auteur.
Note sur la source : « Écrire un cadeau », « Trouver sa voix » et « Donner ». La citation vient de « Trouver sa voix ». La distinction entre apprendre l’art de la phrase et choisir ce que l’on veut dire est une interprétation éditoriale.
Ce que la publication laisse en suspens
Publier peut apporter des lecteurs et des perspectives professionnelles. Lamott s’intéresse aux espoirs bien plus vastes qu’un écrivain peut y attacher : une assurance durable, un sentiment d’appartenance, un soulagement face à l’incertitude. Le chapitre sur la publication suit la vulnérabilité qui accompagne le succès, y compris l’arrivée ou l’absence de critiques et le retour à un autre projet incertain.
Son impatience envers ces espoirs a quelque chose de salutaire. On peut pourtant la pousser trop loin. Les auteurs ont des raisons matérielles de se soucier des contrats, des revenus et du lectorat. Ce livre aide davantage à comprendre la charge émotionnelle que l’on fait porter à la publication qu’à régler les questions pratiques d’une carrière. Son utilité n’exige pas de prétendre que ces questions sont sans importance.
« Écrire un cadeau » et « Donner » offrent des raisons d’écrire qui peuvent agir alors que la publication demeure incertaine. Un texte peut préserver une expérience pour quelqu’un. Il peut dire ce qui, sans lui, resterait tu. Dans « Le dernier cours », le regard revient à l’enfance et aux détails qui rendaient autrefois le monde si vivant. Ce retour ramène le livre à l’acte de remarquer les choses avec assez de précision pour avoir quelque chose à écrire.
Pour la prochaine séance, choisissez un petit morceau du manuscrit que vous pouvez réellement voir. Avancez suffisamment dans son écriture pour découvrir quelque chose à son sujet. Une phrase maladroite peut le rester jusqu’à ce qu’il y ait davantage de texte autour d’elle à retravailler. Voici l’exercice que propose cette lecture : un petit retour à la page, qui laisse de la place à la version suivante.
Le reste du livre sera encore là demain. Aujourd’hui, un morceau en est posé sur le bureau.
Note sur la source : « Écrire un cadeau », « Donner », « La publication » et « Le dernier cours ». L’exercice final s’appuie aussi sur « De petites tâches d’écriture » et « Les premiers jets de merde ». L’évaluation de l’utilité du livre pour les questions de carrière et l’exercice final sont des contributions éditoriales.
À propos de cette lecture : Les noms de chapitres et les citations suivent le texte anglais sur lequel repose le livre numérique de 2007, eISBN 9780307424983. Ce texte mentionne la première édition Anchor Books d’octobre 1995 ; l’œuvre a d’abord été publiée par Pantheon Books en 1994. Les sept sections ci-dessus proposent la lecture du livre par Muses. Le parcours complet en trente étapes figure dans l’aperçu de lecture rapide.
Les titres de chapitres et les passages cités en français ont été traduits de l’anglais par Muses ; ils ne sont pas empruntés à une traduction française publiée.